Pour rester fidèle, il faut parfois savoir trahir. Car, lorsque l'existant est occupé par des traîtres, aider les possibles à s'éclore, c'est déjà trahir. La trahison commence toujours par la désertion. Pour commencer, pour que quelque chose commence, il y a un vide qui se fait jour, une fissure qui émerge dans l'existant. L'existant a horreur du vide (comme le pouvoir et sa loi ont horreur de l'événement), et l'érotique de la fissure lui rappelle un mauvais souvenir, celui de sa propre origine, de son fondement mal fondé, qui s'affaisse et risque de s'effondrer. La désertion est une désidentification, et l'existant le sait. Le deuxième moment est celui de la fuite, par les brèches qui se multiplient dans l'existant. Si la fuite est intégrale, elle n'est pas forcément pour autant manifeste. Ainsi le moment de nuire ne succède-t-il pas à celui de la fuite : fuir et nuire s'inscrivent dans une dialectique, car s'ils sont menés de concert, ils se situent sur des paysages ontologiques superposés. Ici, moins on fuit, plus on nuit.
Stephen Wright |