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AMICALE DE LA BIENNALE DE PARIS  
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Fiche amicale
Sujet N° 22 : Dogme
Auteur : Collectif
Date : 23.11.2007
Lieu : Café Le Bougnat
Texte associé au sujet :

Quelques réactions avant cette Amicale

Dans l’art, le mot « Dogme » me semble indissociable du mot « Croyance » (ce mot ayant lui-même des connexions évidentes avec « Doctrine » ce qu’on affirme être vrai ou encore avec « École » dans le sens de faire école ou de réunion autour d’une même thèse).

D’où ce possible détour : pour qu’il y ait art (et quelque soit la forme de cet art), faut-il premièrement « y croire »* ? Ou faut-il que quelqu’un ou quelque chose « ait souhaité nous y faire croire » pour que nous « marchions », pour que nous consentions à « ça » ?

Autre aspect délicat de la question que « Dogme » renferme : quand bien même une forme d’activité artistique proposée aujourd’hui serait de nature ouverte, processuelle, participative (dans le meilleur des cas elle n’impliquerait par exemple que des producteurs ou des co-auteurs, cas fréquents dans la Biennale de Paris), ne faut-il pas cependant que quelque chose en elle fasse « toujours » autorité afin qu’elle ait une chance de nous faire réagir ou même simplement de devenir signifiante à nos yeux (légitimation) ?

Souhaiterions-nous avant tout « croire » ? Notre comportement a-t-il évolué à cet endroit ? Ce serait peu probable.

D’autant qu’en art, « croire » ou « y croire », c’est justement ce qui pose problème depuis plus de deux siècles. Voici pourquoi les formes actuelles de l’activité artistique ne semblent jamais pour moi pouvoir incarner pleinement (ou suffisamment ?) un des deux pôles que sont la croyance ou l’incrédulité, le dogmatisme ou le scepticisme. Il y a trouble, mais justement, de là, l’art : tout ce à quoi on saurait « croire en art » s’abîme un jour ou l’autre dans un ultime passage à tabac et c’est au fond ça, en grande partie, notre forme d’art, des mises en questions de postulats auxquels on ne croit qu’à moitié. Ces questions ont été abondamment traitées dans le cadre de ce que l’on nomme « la fin des utopies » (aka « Arrête d’y croire ! »).

Slavoj _i_ek, projetant à contre courant, il y a déjà quelques années, de porter un regard objectif sur les derniers « barbares » que sont les terroristes (« ayant eu l’audace de prendre leurs croyances au sérieux »), consacre, au final, un livre entier sur le statut plus que jamais ambigu de la croyance : « Nous avons affaire aujourd’hui à une forme de croyance « suspendue », une croyance qui n’existe qu’à condition de ne pas être reconnue totalement (publiquement), une croyance qui n’existe que comme secret personnel et obscène. Contre cette attitude, il faut plus que jamais souligner que la question « vulgaire » – « Êtes-vous vraiment croyant, oui ou non ? » – est une question importante, plus importante peut-être qu’elle ne l’a jamais été. »

On sait qu’il est toujours fatal (et bien sûr ridicule) de tenter d’imposer une « option artistique » (à la manière de certaines écoles philosophiques anciennes qui, ayant souvent un caractère de secte religieuse, tentaient d’imposer une opinion philosophique).
Ce qui n’empêche pas, me semble-t-il, que rien ne soit, dans les faits, aussi injuste (et peut-être aussi autoritaire et peu démocratique) que l’art dans son fondement, y compris dans ses formes ouvertes actuelles qui dans tous les cas (et malgré les apparences) ne sauraient être autrement que porteuses d’idéologies.

« Artiste, Fasciste, le peuple aura ta peau ! » ?

Jean-Baptiste Farkas

* Je pense ici bien entendu à certaines questions que soulève Francesco Masci.

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La dimension du croire déclenche automatiquement l'illusion de liberté (mais parler d'illusion nous fourvoie toujours, c'est un terme déjà trop connoté moralement). Donc la croyance n'est qu'une retranscription de faits bruts en termes de distance. Il y a, pour qui croit, un « bonus à l'existence ». C'est-à-dire que l'événement auquel on est confronté (dans ce cas l'art, mais de plus en plus n'importe quoi) réactive – de manière posthume – les droits du sujet. Quand tu écris "Voici pourquoi les formes actuelles de l'activité artistique ne semblent jamais pour moi pouvoir incarner pleinement (ou suffisamment ?) un des deux pôles que sont la croyance ou l'incrédulité, le dogmatisme ou le scepticisme. Il y a trouble", tu as raison. Mais il faut ajouter que cet état de trouble est indépassable. Croyance et négation font partie d'une même grammaire : la logique de la nostalgie du réel. Le sujet et sa liberté de choix (croire ou ne pas croire) sont toujours seconds à l'existence de l'événement qui a inscrit une différence avec le réel et a imposé sa nostalgie.

L'événement ne fait même pas « espérer » en quelque chose d'autre, il met en place la temporalité d'une réalité qui se veut « plus réelle ». Et c'est cette nouvelle temporalité qui fait apparaître le sujet avec sa double possibilité d'affirmer ou de nier, double possibilité qui ne sort pourtant pas du schéma mis en place par l'événement. Comment en sortir ? En utilisant une nouvelle grammaire, ce qui demande de commencer par démonter celle-ci, celle de l'événement (ce terme commence à me sembler inapproprié, je l'utilise faute de mieux par une sorte de paresse conceptuelle).

Et après tout pourquoi en sortir ? Pour aller où ? Je me demande si cette temporalité tracée par l'événement (le phénomène ?) ne prévoit pas aussi sa sortie. Il n'y aurait alors pas que deux choix, accepter ou refuser, mais aussi un troisième, sortir de là ! Et qui sait combien d'autres ? Les choix appartiennent au sujet. Le sujet appartient à l'événement (phénomène). Tu vois que parler de choix ou de possibilité ne nous éloigne pas du problème, bien au contraire.

Francesco Masci

Compte rendu de cette amicale :

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